
La mise à pied conservatoire suspend l’exécution du contrat de travail, pas l’ensemble des obligations contractuelles. Cette distinction technique conditionne toute la question de l’activité salariée parallèle, y compris en intérim.
Obligation de loyauté pendant la suspension du contrat de travail
La suspension du contrat n’éteint pas l’obligation de loyauté. La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt du 9 mars 2022 (n° 20-19.744) : un salarié peut être licencié pour faute grave à raison de manquements commis pendant la mise à pied conservatoire, précisément parce que cette obligation survit à la suspension.
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Nous observons que cette règle est souvent mal comprise. Le salarié conserve le droit de travailler, mais ce droit est borné par trois limites cumulatives : l’absence de concurrence directe avec l’employeur d’origine, l’absence d’utilisation de moyens ou fichiers appartenant à l’entreprise, et l’interdiction de tout acte de dénigrement.
Concrètement, la possibilité de travailler en intérim pendant une mise à pied dépend d’abord du secteur d’activité de la mission proposée. Une mission dans un domaine sans lien avec celui de l’employeur d’origine ne pose en principe aucun problème au regard de la loyauté contractuelle.
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Clause de non-concurrence et mise à pied conservatoire : articulation pratique
La clause de non-concurrence constitue un verrou supplémentaire, distinct de l’obligation générale de loyauté. Si le contrat de travail en contient une, elle ne s’applique en principe qu’après la rupture définitive du contrat, pas pendant la simple suspension.
Pendant la mise à pied conservatoire, c’est donc l’obligation de loyauté (et non la clause de non-concurrence) qui limite le champ des activités autorisées. Mais cette frontière n’est pas toujours nette en pratique.

Nous recommandons de vérifier trois points avant d’accepter toute mission intérimaire :
- Relire le contrat de travail pour identifier une éventuelle clause de non-concurrence et son périmètre géographique ou sectoriel, même si elle n’est pas encore activée
- Vérifier que l’entreprise utilisatrice de la mission d’intérim n’est pas un concurrent direct, un sous-traitant ou un client stratégique de l’employeur d’origine
- S’assurer que la mission ne nécessite pas l’utilisation de compétences ou d’informations confidentielles acquises chez l’employeur actuel
La jurisprudence récente (Cass. soc. 26 février 2020, n° 18-10.017 ; 7 décembre 2022, n° 21-19.132) admet que le salarié peut exercer une activité pour une entreprise non concurrente pendant une période de suspension. Le critère déterminant reste le préjudice effectivement subi par l’employeur d’origine.
Intérim pendant une mise à pied : conséquences sur la procédure disciplinaire en cours
Accepter une mission d’intérim pendant la mise à pied conservatoire ne constitue pas en soi une faute disciplinaire supplémentaire. L’employeur ne peut pas ajouter ce fait aux griefs initiaux, sauf à démontrer un manquement à la loyauté.
En revanche, le salarié doit mesurer un risque procédural souvent ignoré : toute activité parallèle peut être invoquée lors de l’entretien préalable au licenciement si l’employeur en a connaissance. Même si cette activité est licite, elle peut influencer l’appréciation de la sanction par l’employeur ou, ultérieurement, par le conseil de prud’hommes.
L’enjeu porte aussi sur la rémunération. La mise à pied conservatoire entraîne la suspension du salaire. Si le licenciement prononcé repose sur une faute grave ou lourde, la période de mise à pied n’est pas rémunérée rétroactivement. Si la faute grave n’est pas retenue, l’employeur doit verser les salaires correspondants. Les revenus perçus en intérim pendant cette période ne viennent pas en déduction du rappel de salaire éventuellement dû.
Précautions contractuelles avant de signer un contrat de mission
Le contrat de mission intérimaire est un contrat de travail autonome, conclu avec l’entreprise de travail temporaire. Sa validité ne dépend pas de l’état du contrat principal. Mais quelques précautions s’imposent.
Le salarié n’est pas tenu d’informer l’agence d’intérim de sa mise à pied conservatoire. Aucune disposition du Code du travail ne l’exige. En revanche, mentir sur sa disponibilité ou dissimuler un engagement contractuel actif pourrait fragiliser sa position en cas de contentieux.
Le cumul d’emplois reste soumis aux durées maximales de travail. Pendant la mise à pied conservatoire, le contrat principal est suspendu : il n’y a donc pas de cumul horaire effectif. Mais si la procédure disciplinaire aboutit à une sanction autre que le licenciement (un avertissement, par exemple), le salarié reprend son poste. La mission intérimaire doit alors cesser ou être compatible avec les horaires du contrat principal.
- Privilégier des missions courtes (quelques jours à quelques semaines) pour conserver une flexibilité en cas de reprise rapide du poste
- Conserver tous les documents attestant de la nature non concurrente de la mission (contrat, fiche de poste, secteur d’activité de l’entreprise utilisatrice)
- Éviter toute communication sur les réseaux sociaux concernant la mission, qui pourrait être interprétée comme un manquement à la discrétion
La mise à pied conservatoire place le salarié dans une zone d’incertitude financière qui peut durer plusieurs semaines. Le recours à l’intérim reste une option viable à condition de respecter le périmètre de la loyauté contractuelle et de documenter la nature de chaque mission acceptée. L’absence d’interdiction légale explicite ne dispense pas d’une analyse au cas par cas, en fonction du contrat de travail, du secteur d’activité et de la procédure en cours.